Affichage des articles dont le libellé est un petit tour et puis s'en va. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est un petit tour et puis s'en va. Afficher tous les articles

dimanche 9 juin 2013

L'ange du bizarre.


Petite parenthèse artistique à la vie monacale que je mène en ce moment, je me suis accordée une excursion hors des murs, et même deux, pour voir, et revoir, entre d'autres murs, l'exposition "L'Ange du bizarre" au Musée d'Orsay. 

J'y ai trouvé tout ce que j'aime du 18° au 19° siècle, surtout de l'autre côté du Rhin et de la Manche, des oeuvres connues et moins connues, découvert quelques pépites parmi d'autres croûtes... du mythe en veux-tu en voilà, des histoires gothiques à foison, vanités et autres femmes fatales pour vous servir, un régal! Mais quid du romantisme noir?

L’exposition décline le romantisme noir en trois époques : le temps de la naissance (1770-1850), le temps de l’affranchissement et des mutations dans l’art symboliste (1860- 1900) et le temps de la redécouverte dans l’art surréaliste (1920-1940). 

Si j'ai salué la scénographie irréprochable (sobre et sombre), le fil d'Ariane que trace l'exposition à travers les siècles m'a parfois semblé décousu pour ne pas dire dépourvu de cohérence par brefs moments... un côté un peu "pot-pourri" qui n'est pas pour me déplaire - exceptée cette troisième et dernière vague (1920-1940), dernière salle dans laquelle je me suis très peu attardée. Peut-être est-ce seulement parce que je n'aime ni Magritte ni Ernst, ou bien aussi car je trouvais cette perspective finale résolument moderne (quoique à propos) un peu à côté de la plaque après tant d'élans symbolistes et de précision goya-esque.

La part belle est également faite au 7° art, avec douze extraits de films qui hantent le parcours du visiteur au gré de ses pérégrinations (là encore la scénographie est bien pensée avec des écrans "double face" - vous n'échapperez pas aux figures terrifiantes de Nosferatu, Dracula, Frankenstein, Rebecca, ou Faust). De "l'horreur délicieuse" de bout en bout, comme la décrivait Burke, du rire à l'effroi.

Vous avez jusqu'au 23 juin pour aller apprécier à sa juste valeur la luminosité du Nocturne au parc royal de Bruxelles de William Degouve de Nuncques et autres merveilles dont les reproductions peinent malheureusement à rendre la beauté. En attendant je vous invite à lire cet article très documenté de La Tribune de l'Art!


Eugène Samuel Grasset, Trois Femmes et trois loups, vers 1892 
Crayon, aquarelle, encre de chine et rehauts d’or 

samedi 20 octobre 2012

L'agenda culturel d'automne

Comme les précédentes, cette saison s'annonce chargée en expositions à ne pas manquer! 

Avant la nouvelle année, j'espère donc aller...

... voir dialoguer à Orsay l'impressionisme et la mode (du 25/09 au 20/01/2013), pour admirer les impressions de tissus sur toiles et rêver du Paris sous la pluie et le soleil d'antan... En attendant, regarder ce programme d'Arte, pour avoir un aperçu de l'exposition.

Edouard Manet, Nana, 1877


... au Grand Palais, une pierre deux coups avec Bohèmes... (jusqu'au 14/01) et la rétrospective de l'oeuvre de Edward Hopper (du 10/10 au 28/01/2013)

... au musée de la Vie Romantique, qui présente ses Intérieurs romantiques, aquarelles (1820-1890) (jusqu'au 13/01), pour pénétrer dans les intérieurs bourgeois européens les plus raffinés du XIX° siècle

... au musée Guimet, pour en apprendre davantage sur l'histoire du thé (jusqu'au 7/01) et voir les plus belles estampes d'Hokusai (jusqu'au 10/12).

... et enfin si les finances le permettent, filer à Londres pour retrouver mes bien-aimés peintres Pré-Raphaélites sur leurs terres, sous l'angle de la Victorian Avant-Garde, à la Tate Britain (jusqu'au 13/01).

Et vous, quel est votre programme?

dimanche 7 octobre 2012

Wladyslaw Theodore Benda



Récemment je suis tombée sous le charme de ce peintre Américain d'origine polonaise, découvert sur le blog de Vintage & Cancrelats que je ne me lasse jamais de parcourir tant on y fait de merveilleuses découvertes. Ce sont ces deux illustrations qui m'avaient d'abord captivée par leurs tons bleutés, leur douceur crayonnée un peu céleste, et les traits délicats du personnage féminin... et puis je me suis penchée sur le reste, que je partage avec vous.



Benda, à côté de son activité d'illustrateur pour les grands magazines et autres revues de l'époque, tels que Collier'sMcCall'sLadies' Home JournalGood HousekeepingTheatre Magazine, était aussi costumier et créait des masques de théâtre pour lesquels il était très réputé. Ce travail méticuleux des visages et de leurs expressions transparaît à travers ses peintures et ses dessins, et on retrouve d'ailleurs parfois la présence de masques dans ses illustrations... 

Dans les années 1920 - 1930, au lieu de partir en quête de l'essence de l'American Girl pour donner une vision polie et lissée de ce qui serait un archétype féminin comme le font alors bon nombre de ses contemporains illustrateurs, ses portraits de femmes reflètent au contraire un certain exotisme auréolé de mystère qui laisse une étrange impression, quand bien même il se conforme dans une certaine mesure aux modèles de son époque, comme pour l'illustration de ce numéro de Life.


mardi 11 septembre 2012

You can't ask why about love.


Lors d'une récente escapade outre-manche, j'ai eu le plaisir d'aller voir la dernière adaptation d' Anna Karénine de Léon Tolstoi. Ou plutôt, Anna Karenina en anglais dans le texte. Bref, j'ai très envie de vous en parler, d'une part parce que j'ai beaucoup aimé, et d'autre part, pour mettre un peu l'eau à la bouche des amateurs(rices) de films en costumes qui passeraient par là, étant donné que le film ne sera sur les écrans français que cet hiver (pourquoi? mis à part le fait que oui oui, le bortsch et les chapkas de fourrure par -40°C, ça sent bon l'hiver). 


Partons du point de départ si vous voulez bien. A la caméra : Joe Wright (souvenez-vous d'Orgueil et Préjugés). Au scénario : Tom Stoppard (là j'admets que la référence puisse être davantage obscure pour les non-anglophones, mais Shakespeare in LoveBrazil, c'est lui). Et dans le rôle principal : Keira Knightley (souvenez-vous d'Orgueil et Préjugés BIS). J'ai toujours entretenu une relation (oui oui on est très intimes tsé) ambivalente avec Keira Knightley. Je trouve son visage magnifique, sa silhouette pleine de grâce quoiqu'un peu trop maigre, mais son jeu me laisse la plupart du temps assez dubitative. Et là, grande première : je n'ai pas vu Keira Knightley mais Anna Karénine. J'avais presque envie d'applaudir (et vous allez voir comment ce geste aurait eu du sens dans le cas de ce film).


Car je crois avoir une théorie explicative qui se tient : son jeu colle on ne peut mieux à la mise en scène, c'est à dire : maniéré(e), théâtral(e), tout en poses et postures. Joe Wright prend ici le parti (et le risque) de revisiter le roman de Tolstoi en proposant une adaptation qui confronte cinéma et théâtre. On pense (presque inévitablement) dès les premières minutes à Baz Luhrmann et à son tonitruant Moulin Rouge. Mais ce qui ressort ici c'est quelque chose de fragile et de précieux. Les décors en carton peint s'enchaînent, les acteurs/personnages passent d'un plateau à un autre, les coulisses se dévoilent et les artifices s'accumulent parfois outrageusement, de sorte que chaque plan se transforme en un véritable tableau XIX° dansant.


Sous cette théâtralité assumée, tous les membres de la haute société de Moscou semblent comme autant de marionnettes dont une main invisible tirerait les ficelles. Le couple adultère est l'objet de tout les regards, ceux des spectateurs de la salle de cinéma mais aussi des autres protagonistes. Anna Karénine n'est pas maîtresse de son destin parce qu'elle choisit d'être la maîtresse de Vronsky (fringant et blondinet Aaron Taylor-Johnson), alors qu'elle croit à cet instant pouvoir s'affranchir d'une destinée dont elle n'avait pas voulu.


Si l'on parvient à faire abstraction des lèvres de Ruth Wilson (duck-duck Princesse Betsy), le reste est plutôt cohérent historiquement (pas sûre que les aristocrates russes avaient en ce temps déjà recours aux injections - quoique chez Ms Knightley cela passe très bien). Et puis vu que Matthew Macfadyen porte une moustache et quelques kilos en trop pour jouer Oblonsky, on oublie au passage que le réalisateur a aussi embauché M. Darcy (souvenez-vous d'Orgueil et Préjugés BIS - BIS). En parlant de moustache : Jude Law est absolument brillant dans son rôle de mari déshonoré, tout en finesse et en retenue.

Les costumes de Jacqueline Durran sont tous plus beaux les uns que les autres, les décors de Sarah Greenwood et les paysages de la campagne russe somptueux, la bande-son vous hante longtemps après être sorti de la salle : tous ces petits détails valent le coup à eux seuls. A condition peut-être de ne pas se montrer trop réticent à la lenteur, mais il faut savoir parfois se laisser bercer, et puis le film a son lot de passion, de cris, de larmes et d'adieux déchirants, alors...

vendredi 27 avril 2012

Et la lumière fut.

De retour après une brève absence, pour cause de déménagement... l'humeur pluvieuse du mois d'avril allait de pair avec le montage de meuble et les heures de rêverie passées à glaner des inspirations pour ma future déco sur le net... Je me suis tout de même décidée à sortir hier pour aller voir au musée d'Orsay la rétrospective consacrée au peintre finlandais Akseli Gallen-Kallela (1865 - 1931). Une passion finlandaise se termine le 6 mai, et si vous êtes de passage à Paris je ne saurais que trop vous la conseiller!

Il faut dire que j'avais certaines prédispositions à ne pas manquer cet évènement : la Finlande et moi, c'est une grande histoire d'amour, le tournant XIX°-XX°, c'est mon dada, et j'étais restée profondément marquée par l'unique tableau de Gallen que j'avais vu jusqu'à alors à l'exposition Traces du Sacré, présentée à Beaubourg en 2008.

Ad Astra, 1894. Huile sur toile, 76 x 85 cm.

Une merveille. J'y suis restée scotchée de longs moments encore, en rêvant secrètement de pouvoir l'accrocher dans mon salon, au dessus d'un autel d'offrandes, ce serait du plus bel effet.

Ma première approche de la peinture d'Akseli Gallen-Kallela s'était faite par l'aspect symboliste de son oeuvre, mais l'exposition présentée à Orsay m'a permis de me rendre compte de la diversité des palettes de l'artiste. Littéralement. L'exposition est partagée entre plusieurs sections thématiques, qui correspondent chacune à une période de sa vie et à l'adoption d'un style, d'un genre nouveau (big up! pour la scénographie). Un premier temps influencé par le réalisme français, ses tableaux évoquent des scènes de la vie quotidienne parisienne et de la campagne finlandaise.

Garçon et corbeau, 1884. Huile sur toile, 86 x 72 cm.

Démasquée, 1888. Huile sur toile, 65,5 x 54,5 cm.

Les deux portraits de son épouse Mary Sloor présentés dans la première salle sont de magnifiques exemples de l’habilité du peintre à passer d'une technique à une autre, malheureusement je ne suis pas parvenue à trouver de reproductions dignes de ce nom à vous montrer.

Viennent ensuite la section symboliste (♥), les paysages (aaah la lumière du nord si singulière, la vision mystique de la nature, tout ça me donne irrésistiblement envie de faire de longues randonnées dans les terres gelées de Carélie, si vous voulez mon avis), puis les illustrations du Kalevala, épopée finlandaise composée par Elias Lönnrot dans les années 1830 à partir d'anciens poèmes chantés de la tradition orale finnoise, avec tout plein de héros aux pouvoirs surnaturels qui feraient pâlir de jalousie Enée, Ulysse et consorts.

La mère de Lemminkaïnen, 1897. Tempera sur toile, 85,5 x 108,5 cm.

Bam. On avait dit changement de style? Les contours marqués, propices à la narration, l’exacerbation des couleurs... Je suis toujours aussi conquise. Plus encore quand je passe à la salle consacrée aux Arts Décoratifs, qui trouvent des résonances dans mon coeur à l'Art Nouveau et à l'Aesthetic Movement... Pour finir, la série de tableaux réalisés lors de son voyage en Afrique, qui prend un virage nettement plus expressionniste, m'a moins séduite (et le virage est un peu abrupt) mais souligne d'un point d'honneur la propension de Gallen à transformer ses sujets sous son coup de pinceau. 

Je ne parlerai pas du Mausolée Jusélius ou du Pavillon Finlandais pour l'Exposition Universelle de 1900, ni de mon idéal masculin macabre du Voyage à Tuonela, sinon ce post n'en finira jamais. Surtout que maintenant j'ai Helmut Newton et Beauté Animale à aller voir au Grand Palais, sans compter Tim Burton à la Cinémathèque. J'aimerais vraiment avoir le don d'ubiquité. 

mercredi 7 septembre 2011

Crazy


Samedi, j’ai réalisé un de mes rêves les plus fous, aussi modeste ou bien fantasque soit-il pour une jeune fille comme moi : voir la revue « Désirs » au Crazy Horse de Paris, qui est présentée tous les soirs depuis 2009 (déjà, il était temps!). 

J’en ai profité pour faire ma poule de luxe, ou plutôt l'oiseau de nuit, qui enfile une belle robe scintillante et des talons (mais pas des Louboutin), qui s'enfile une bouteille de champagne et qui ne rechigne même pas lorsqu'on lui demande 20€ pour une photo prise au flash (précision de la plus haute importante disgracieuse ) en compagnie de l’être aimé et tirée au format 21x15, « juste pour le souvenir, et puis parce qu’on est quand même beaux dessus ». Derrière le masque du glamour, il y a le petit oisillon ébouriffé et chétif pour casser le mythe de la poule de luxe : c’était le spectacle de 19h, et non celui de 23h45, j’ai glissé la bouteille de champagne dans mon sac une fois vide - parce qu'elle était trop belle et le sera plus encore avec une belle bougie rouge plantée dedans et que j'allais pas m'en racheter une pleine pour 40€ -, et je ne portais pas de pasties (oui, oui, les chaussons feuilletés de Cornouailles, vous voyez? Bref.) 


Mais peu importe, puisque j'étais là pour profiter du show, superbe. Un ton décalé, une mise en scène raffinée, un petit intermède masculin de jongleries tout à fait extraordinaire de virtuosité, et des danseuses sublimes à la hauteur de leur réputation (sauf une, dont les seins refaits sortaient un peu trop du lot - petite déception pour la puriste que je suis et qui était très attachée au principe jusqu'alors respecté à la lettre aux sélections du Crazy : PAS DE SEINS REFAITS - principe qui a l'air d'avoir été abandonné...). La mise en scène d'Ali Mahdavi et de Philippe Decouflé est très réussie, avec de très jolis effets de lumière, et je ne pouvais que plussoyer le choix de la musique : Anthony & The Johnsons (Rougir de désir, j'en ai eu des frissons...) et la reprise de Toxic par Yaël Naim (Upside Down), comme par hasard sur deux de mes trois numéros préférés (le dernier étant celui des cordes en suspension, Final Fantasy). J'ai seulement regretté que le spectacle soit si court (75 minutes, pas une de plus), et que le personnel ne vous laisse même pas le temps de finir tranquillement votre coupe de champagne lorsque les lumières se rallument ; à peine est-ce fini qu'il faut évacuer la salle et laisser la place aux autres. Dommage...


Les photos et vidéos étant interdites durant la représentation, et ne bénéficiant pas de dérogation spéciale blogueuse, je vous laisse avec quelques teasers piochés ici et là sur le net... (sources en lien)

vendredi 2 septembre 2011

La muséo-rentrée.

Au moment où les libraires se préoccupent de la rentrée littéraire, de mon côté j'inaugure ma muséo-rentrée parisienne. Tous les ans c'est le même rituel, à chaque retour de vacances, je passe en revue les expositions annoncées pour les mois à venir et je me dresse une jolie liste dans mon agenda tout neuf. Et comme pour la saison précédente, je sens que je vais me régaler avec celle à venir, dont voici une petite sélection.

Avant la fin de l'automne

- Claude Cahun, au Jeu de Paume.
 Jusqu'au 25/09/11.
- Au lit au Moyen-Age, à la Tour Jean Sans Peur. 
Jusqu'au 13/11/11.
- Animal, aux Arts Décoratifs. 
Jusqu'au 30/11/11. 
- Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde, au Musée d'Orsay. ♥ Du 13/09/11 au 15/01/12.
- Edvard Munch, l'oeil moderne, au Centre Pompidou. 
Du 21/09/11 au 09/01/12.

Claude Cahun, Autoportrait, 1929, © Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris


Avant la fin de l'hiver

- Diane Arbus, au Jeu de Paume. 
Du 18/10/11 au 05/02/12.
- Akseli Gallen-Kallela , au Musée d'Orsay. 
Du 07/02/11 au 06/05/12.


Quand viendra le printemps

- Beauté Animale, au Grand Palais.
Du 21/03/12 au 16/07/12.
- Helmut Newton, au Grand Palais.
Du 31/03/12 au 10/06/12.

Pour le moment, je ne peux que vous conseiller d'aller admirer le travail de Claude Cahun, que j'ai découvert grâce à la rétrospective organisée par le Jeu de Paume. L'exposition est très bien conçue, mettant en dialogue les écrits et les photographies de l'artiste (ainsi que de sa compagne Suzanne Malherbe), qui était sacrément avant-gardiste non seulement dans la mise en scène de soi, théâtrale, mais surtout quand il s'agissait d'aborder les questions du genre, de l'identité sexuelle, de la norme - questions on ne peut plus actuelles et toujours autant matière à de longs débats. Si j'ai moins aimé la partie "surréaliste" de son travail (elle était apparemment très proche d'André Breton) centrée autour de l'assemblage d'objets, ses autoportraits m'ont renvoyés à tout un tas d'éclats de miroir brisés, de choses que j'avais travaillé il y a quelques années, et qui me renvoient un certain reflet de moi-même : l'inlassable quête d'un mythe personnel, la mise en scène et la transfiguration de soi...


Autoportrait, vers 1939 ©  Jersey Heritage Collection
Myrrha, 2006 ©  Haycheelyly

"Je vais jusqu'où je suis. Je n'y suis pas encore." 
(Le chemin des chats, IV, 1949)

vendredi 19 août 2011

My Little Princess


J’ai enfin pu voir My Little Princess, sorti à la fin du mois de juin que je n’avais malheureusement pas pu voir immédiatement, le film n’étant pas distribué en Grande-Bretagne, mais par chance, encore projeté dans mon cinéma préféré à mon retour.


Le point de départ, autobiographique, à garder à l’esprit selon moi si l’on veut mieux juger du reste après : Irinia Ionesco, icône gothique de la photographie érotique des années soixante-dix, dont le travail à la fois fascinant et dérangeant ne laisse pas de marbre, et ressort au grand jour grâce à ce film, exutoire en patchwork réalisée par sa fille, Eva.


Au premier plan pour moi, la reconstitution photographique, par la fille elle-même donc, somptueuse.

Tout comme la relation mère-fille est faite d’ambivalences, l’univers esthétique de sa mère est tout en contraste, chatoyant et sombre, mêlant sexe et mort, symbolisme et crudité, et sur ce point je ne suis pas objective tant je suis depuis toujours réceptive à ce genre de beauté malsaine, allez savoir pourquoi. Et que dire du stylisme ? Catherine Baba aux commandes, les costumes que portent Isabelle Huppert sont plus beaux les uns que les autres, dans leur mélange d’années 30, d’orientalisme, de kitsch 80’s. Le genre de garde-robe que je me plais à rêver d’avoir, si seulement j’avais la même silhouette de liane. Tant pis, j’en prends plein les yeux, et je garde mes moindres excentricités pour flatter mes petites courbes et attaches fines. Quant au studio photo qui ressemble davantage à un cabinet de curiosités, on sent l’influence de la première partie de sa vie, d’avant la photographie : celle des cabarets, du cirque, des voyages…


Et puis il y l’histoire personnelle, incestueuse…Derrière le comportement névrotique d’Irina, que peut-on excuser, qui est la première victime de ce cercle vicieux dans lequel la mère enferme sa fille ? N’est-elle qu’une inconsciente perdue dans une autre époque et absorbée par sa propre réussite vendant ses clichés au nom de l’art et de l’amour maternel, ou bien une mère abusive, ou les deux ?


Car Irina – ou plutôt ici, Hannah - joue à la poupée avec sa fille à l’âge même où c’est cette dernière qui devrait y jouer. Par bien des moments, on a l’impression que les rôles s’inversent, entre mère et fille, en particulier face à l’incompréhension sidérante d’une artiste si obnubilée par son œuvre qu’elle en perd le sens du réel : « Je pensais que tu étais assez grande pour comprendre. Je me suis trompée ». Mais l’aveu ici ne correspond pas à une prise de conscience, à une remise en question de sa propre démarche ou même de sa propre maturité. C’est une accusation.

A côté d’un personnage aussi fantasque et déluré que celui de sa mère, Eva/Violetta apparaît comme l’archétype parfait de l’innocence enfantine, ou de l’enfance innocente : les joues rondes, la chevelure ondulée d’une princesse, blonde comme les blés, les yeux limpides – une princese de contes de fée, en somme. Une petite fille qui devient progressivement un être sans âge, ce qui contribue à sa chosification. Peu à peu son visage reste celui d’un ange tandis que son regard et ses mots deviennent ceux du diable. L’aveuglement obsessionnel d’Hannah se traduit par la cruxifiction de l’innocence de sa fille, égérie malsaine malgré elle.


Dans le film, les prénoms ont été changés : Eva Ionesco parvient à trouver un point de vue juste, sans verser dans le règlement de compte ou dans l’auto-psychanalyse – même si l’aspect cathartique du film en soi ne fait pas de doute -, tout en soulevant inévitablement des questions toujours d’actualité : quelles sont les limites entre l’enfance et l’âge adulte ? Et surtout, quelle place pour le droit à l’image en art, surtout à l’ère du tout numérique aujourd’hui ? Le hasard aura voulu que je tombe sur un article au sujet des dernières photographies controversées de Vogue juste après avoir vu le film…

Le couple mère-fille est très inégal en terme d’interprétation, il faut bien l’avouer : Isabelle Huppert est excellente, Anamaria Vartolomei récite plus ou moins bien son texte – d’ailleurs pour une première expérience au cinéma, on espère qu’elle aura la distance nécessaire pour ne pas tomber dans le même schéma que la réalisatrice de façon mimétique…


My Little Princess ravira donc certainement tout amateur d'art un tant soit peu éclairé, ou du moins ceux qui sauront y voir une certaine beauté (ou une beauté certaine, à voir) par delà le débat psychologique ; dans tous les cas, il ne laisse pas indifférent.

jeudi 18 août 2011

Bruxelles en Instax Mini


De gauche à droite et de bas en haut :

1. Antiquaire à côté de la Grand Place 2. Accords parfaits sac-robe-vernis 3. Artillerie lourde au Delirium's Bar 4. Décor colonial à l'hôtel Stanhope 5. L'hôtel de ville 6. Choppes de bière crâne au Cercueil 7. Piano à l'abandon devant Old England 8. Galerie de la Reine 9. Brocante du Grand Sablon et sa rangée de chaises Art Déco 

dimanche 7 août 2011

A visit to Bath's Fashion Museum

Le week-end dernier, j'ai eu la chance de me rendre au Fashion Museum de la ville de Bath pour une petite visite de leur dernières exposition "Dressing the Stars : British costume design at the Academy Awards". Plus de 40 costumes sont présentés, avec pour ligne directrice l'histoire, et le fait que chaque couturier dont l'oeuvre est présentée a obtenu un BAFTA. Soit. Outre le côté sensationnel de la chose -mode groupie on- "omg c'est LE costume porté PAR Johnny Depp himself dans PDC" -mode groupie off-, il y a la reconstitution historique. Que ce soit au travers des merveilleuses robes portées par Keira Knightley dans the Duchess, de Cate Blanchett dans Elizabeth, Kate Winslet et Emma Thompson dans Sense & Sensibility, ou plus récemment, des tenues d'Helena Bonham Carter dans the King's Speech, l'intérêt est non seulement de pouvoir admirer pour de vrai les belles robes responsables de crises de bavage devant mon écran, mais surtout de découvrir le processus de conception et confection de ces costumes, à travers notamment les explications fort bien documentées des couturiers themselves.

L'exposition s'achève le 29 août, je ne saurais trop vous conseiller d'y faire un tour si vous êtes en terre d'Albion cette été. Sinon, à faire à n'importe quelle moment de l'année, les collections permanentes sont absolument splen-di-des, et valent notamment le détour pour leur quantité impressionnante de corsets, crinolines, gants et autres dentelles et chapeaux. La grande majorité des pièces conservées ici datent du dix-huitième et du dix-neuvième siècle, homme et femme, les années 1840 - 1890 étant particulièrement représentées. Le vingtième siècle est également représenté avec un parcours chronologique relativement bien fourni, et assez nuancé pour faire clairement apparaître les changements, évolutions et liens qui se tissent entre les différentes tendances au fil des années (jeux de mots non-intentionnels). Quelques favoris ci-dessous, vous pouvez voir certaines pièces de la collection en ligne à cette adresse.

                                         1898-1902 Satin, soie et dentelle, perles de verre 1800-1810, perles de culture, or 1925-1929, soie, synthétique, perles et sequins 1926, soie, velours, organza, perles de verre

vendredi 20 mai 2011

Out of Frame, out of Time

James Jacques Joseph Tissot’s Frederick Gustavus Burnaby, 187

Ce genre de série tombe à point nommé parmi mes envies d'intérieur du moment, et me rappelle pourquoi les photographies de Tim Walker sont de celles dont je me délecte toujours autant au fil des années. 

Jean-Auguste-Dominique Ingres’s Portrait of Baroness James de Rothschild, 1848.

Le photographe anglais possède ce brin de fantaisie dans le regard qui rend chaque prise de vue atemporelle, et cette série -un peu en retrait des photos de mode et plus lifestyle si l'ont devait la ranger dans la catégorie - mais j'aime pas trop les catégories - en est un exemple tout trouvé. 

Franz Xaver Winterhalter’s The Empress Eugénie Surrounded by Her Ladies in Waiting, 1855

L'art de mettre en scène l'art, en mêlant portrait et paysage, en confondant les époques, le tout jaillissant hors du cadre sous la lumière d'un jour ensoleillé qui laisse entrevoir la nature à l'intérieur d'un espace supposé clos. 

Alfred de Dreux’s Portrait of Monsieur and Madame Mosselman and Their Two Daughters, 1848


J'en regretterai presque que ce soient des images figées, pour avoir le plaisir de s'immiscer dans ce noble lieu de Glemham Hall, et de me laisser happer par la peinture....

Christopher Steele’s Polly Patterson, circa 1765
J'aime beaucoup le flou sur celle-ci, hypnotique.


Photographies de Tim Walker pour W Magazine, édition d'Avril 2011, 
Glemham Hall, Suffolk, Angleterre.

samedi 12 septembre 2009

Appréciations Scénographiques

Peut-être n'est-ce pas une excellente idée que d'inaugurer ce blog d'un premier article au sujet d'une artiste si controversée, mais j'ai assisté au concert de Mylène Farmer au Stade de France tout juste hier (pour la première fois). J'ai toujours apprécié cette chanteuse non pas tant musicalement que pour son univers; en bref, elle fait partie de cette liste des femmes que j'aurais bien aimé être dans une autre vie, dans lesquelles je me retrouve. Je ne vous parlerai donc pas de mes impressions relatives au concert en lui-même, mais seulement de certains détails touchant à la mise en scène qui ont émerveillé mes yeux ce soir-là.
-
Premièrement, le décor, très anatomique : un crâne disparaissant et réapparaissant entre métamorphoses de sang ou d'encre, deux immenses squelettes inspirés du Transit (sculpture du XVe siècle) de part et d'autre de l’escalier central lumineux, des mannequins de couture (qui évoquent la poupée de la pochette de Point de suture, son dernier album) suggérant par leur posture des sentiments contraires, et un fauteuil (ou plutôt devrais-je dire un trône) scarabée noir laqué-que-je-veux-le-même-dans-mon-salon.
Ensuite, les costumes signés Jean-Paul Gaultier qui, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, dissèquent la chanteuse, littéralement : le premier est une combinaison en écorché-que-je-veux-le-même-pour-aller-faire-mes-courses.

Photos officielles de Claude Gassian (et les seules auxquelles on puisse avoir accès)